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Cameroun : Le développement du peuple par le peuple

Soumis par jadecameroun le lun, 13/08/2007 - 01:00

(Jade Cameroun/Syfia) Aménagement et entretien des routes, extension du réseau électrique, lutte contre le banditisme. Dans certaines banlieues des grandes villes camerounaises, à l'instar de Towo à Douala, les habitants, organisés en associations, prennent en main leur développement.

 

Le contraste est frappant. À Towo nord, les routes sont boueuses, défoncées et inondées par endroits. Changement radical dans la partie sud de ce quartier, situé en banlieue ouest de Douala, la capitale économique camerounaise. Ici, une voie en terre de 2 km sans ordures ni herbes rebelles, aux rigoles bien dégagées fait le bonheur de ses habitants depuis avril dernier. Elle aura coûté un peu plus de 2 millions de Fcfa (environ 3 000 Euros) au Codevtos (Comité de développement de Towo sud) qui l'a entièrement financée.

 

Les dimanches matins, tout le monde, houe et machette à la main, descendent dans la rue pour assurer l'entretien de cette route et des pistes du quartier. Tous sont membres de fait du Comité, créé en septembre 2006, infatigable apôtre du travail collectif ou "investissement humain". "Contrairement aux autres quartiers où les plus riches se contentent de verser de l'argent, ici, même les grands messieurs prennent la machette", apprécie Pascaline Bikek, arrivée il y a moins d'un mois. "Celui qui oserait ne pas sortir travailler mourrait de honte en croisant le regard des autres", fait remarquerMathias Dongmo. La motivation principale, explique-t-il, c'est "l'environnement qui est maintenant agréable pour tous ". "Quand je suis arrivé ici il y a 2 ans, il n'y avait pas de route, c'était de la broussaille aux alentours", se souvient-il.

 

Deux fois par mois, le Comité de Towo sud se réunit, prend des décisions par consensus et programme des activités. "Nous nous sommes rendu compte qu'à force de croiser les bras, nous risquions d'attendre éternellement l'État ", explique Gustave Benga, fondateur et président de l'association. "Il y a un an, aucune voiture ne pouvait entrer ici en saison des pluies. Aujourd'hui, regardez.", lance-t-il, en montrant une file de voitures garées.

 

Encouragés par les autorités

 

Parmi les bienfaits du Comité, les habitants soulignent l'extension, en avril dernier, du réseau électrique qui s'arrêtait à Towo nord. "Il manque juste une centaine de mètres de câble et la moitié de notre quartier sera approvisionné en courant", se félicite Robert Donfack, qui, lui, n'est pas encore raccordé. Les fonds de l'association proviennent des cotisations individuelles de 2 000 Fcfa (environ 3 Euros) par mois et des cotisations, dons et prêts ponctuels plus importants de certains membres plus fortunés. La participation individuelle est obligatoire pour tous les habitants.

 

Une barrière a été installée l'an dernier à l'entrée. Des jeunes, rémunérés pour ce travail, y vérifient que les membres sont à jour de leurs cotisations et filtrent les entrées des véhicules. Furieux, ceux qui n'approuvent pas ces mesures, qu'ils jugent trop contraignantes, ont dénoncé Gustave Benga auprès du sous-préfet, l'accusant d'avoir instauré à titre privé un péage sur la voie publique. "Le sous-préfet m'a convoqué, m'a écouté et m'a encouragé à continuer dans cette voie", raconte avec malice le président. Le bureau du Comité transmet d'ailleurs systématiquement les copies des procès verbaux de ses réunions au sous-préfet.

 

Échanges entre voisins

 

Les idées ne manquent pour agrémenter encore le quartier. En juillet dernier, l'assemblée générale de l'association a décrété la mise en place d'une commission chargée de l'hygiène. Une commission technique, elle aussi composée d'habitants, devrait par ailleurs bientôt être chargée de gérer le plan d'urbanisme de la zone pour éviter à l'avenir les constructions anarchiques. Le quartier s'est en effet créé, il y a une quinzaine d'années, sans plan cadastral, quand le propriétaire coutumier de ce qui n'était alors qu'une forêt y a fait percer des pistes pour vendre des parcelles. De cinq personnes en 1993, sa population est passée aujourd'hui à environ 200 foyers, soit près de 300 personnes. Dans les prochains mois, afin d'obtenir des données plus précises, il est prévu de recenser la population, les propriétaires terriens, les immeubles, etc.

 

"J'admire les habitants de Towo sud. Nous étions pourtant les premiers à initier (en 2000, Ndlr) des actions de développement à Towo !", s'exclame Clotaire Djeukam, un habitant de Towo nord, faisant allusion au financement par l'association des habitants de ce quartier, d'un forage qui n'a jamais marché parce que mal réalisé. L'association fait néanmoins fonctionner efficacement un comité de sécurité chargé, avec l'appui de la police, de lutter contre le banditisme. Dans un avenir proche, Félix Kamgaing, son président, prévoit de rencontrer son homologue Gustave Benga pour "discuter de ce qu'on peut faire ensemble, échanger des expériences et s'inspirer des méthodes qui font leur succès".

 

En place avec plus ou moins de succès dans différentes banlieues des grandes villes du Cameroun, la stratégie de développement du peuple par le peuple a sans doute encore de beaux jours devant elle...

 

Étienne Tassé

 

 

 Les jeunes de Goma désenclavent leurs quartiers 

 

(Syfia RD Congo) Chaque dimanche, une soixantaine de jeunes, garçons et filles, répondent présent à une séance Salongo (travail communautaire) d'entretien et de réfection des routes, dans le quartier de Mabanga Sud, à Goma, dans l'est de la RD Congo. Ils versent du sable ou des pierres là où l'eau stagne et rouvrent les routes toujours barrées par la roche et la lave qui s'était répandue dans Goma lors de l'éruption du Niyragongo en 2002. "Nous commençons vers 5 h du matin, quand la circulation n'est pas encore dense. Une fois tous présents et les tâches réparties, le boulot commence sur le chantier et dure toute la matinée", témoigne Vicky Mambo, coordonnateur de la Lutte des jeunes pour un développement intégral (LJDI), une association qui s'est créée l'année dernière.

Les autorités leur fournissent le sable nécessaire à la réfection. Les habitants, qui apprécient l'initiative, encouragent ces jeunes en leur donnant du sucre, du savon, parfois de l'argent. Le jour des travaux, un panier est exposé à l'entrée et à la sortie de la route en réfection. Les passants y déposent quelques francs. Cet argent, s'ajoute aux dons des personnalités nanties du quartier, et sert à assurer le fonctionnement de l'association dont les caisses sont aussi alimentées par la revente de pierres concassées pour la construction.

"Si cette route est aujourd'hui praticable, c'est grâce à cette jeunesse", se réjouit Papa Témoin, de Mabanga. La réouverture des routes permet également aux camions anti-incendie d'accéder rapidement aux foyers. "Les véhicules de l'armée et de la police peuvent atteindre l'intérieur des quartiers la nuit quand ils sont appelés à intervenir", ajoute Stephono Mineene. Mais les jeunes ne peuvent pas tout régler eux-mêmes ; en de nombreux endroits, le concassage des roches, très dures, nécessiterait des engins. Et là, c'est aux autorités de jouer.

Patient Ndoole Mambo

 

 

 

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