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Economie et plan de relance selon Pambou. « Le problème : la vitesse de l’endettement »

Soumis par fouodjivincent le mar, 27/02/2018 - 17:08

Le contexte du moment plombé par la crise économique, teinté de grèves à répétition, de licenciements économiques, dus aux fermetures de  sociétés, sont autant d’éléments qui n’augurent pas le retour immédiat de la croissance. Le Gouvernement a décidé de mettre en œuvre des politiques de diversification de l’Economie, telles que préconisées par le Programme de relance économique (PRE). Serges Pambou (1), économiste et enseignant à l’Université Omar Bongo de Libreville, décortique pour MICA, ces difficultés qui ne sont pas insurmontables.

MICA : La grande dépendance de notre économie envers les matières premières, est au cœur de la situation que vit le Gabon. Que faire pour y remédier ?  

Serges Pambou : « Vous posez un problème récurrent auquel tente de répondre notre pays depuis…toujours. Toutefois, il suffisait de développer l’agriculture pour s’en sortir. Il faut dire que plusieurs facteurs plombent, parmi lesquels les coûts de production prohibitifs, le manque d’infrastructures de communication praticables en toutes saisons, la faiblesse de l’accès au crédit ou encore l’inadéquation de la formation aux besoins du marché. De même, importe-t-il d’investir aussi bien dans l’entretien du capital humain (la santé) que dans les infrastructures de communication. »

MICA : Le ministre de l’Economie Régis Immongault, avait reconnu que les différentes dettes contractées par le Gouvernement, le sont pour financer les infrastructures de développement. A ce rythme, le coût du service de la dette ne deviendra-t-il pas un fardeau pour les recettes publiques ?

Serges Pambou : « L’idée étant que ce qui importe c’est que les finances publiques soient un instrument au service de la réduction du chômage, notamment. Ce qu’il faut savoir, c’est que des pays comme le Japon et nombre d’économies avancées  sont beaucoup plus endettées que le Gabon ; à titre de comparaison, la dette du pays représente un peu plus de 60 % de la richesse nationale en moyenne ; quand, dans le même temps, celle des pays de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) est souvent supérieure au PIB. On aura donc compris que ce qui pose problème, c’est la vitesse de l’endettement, d’une part ; le manque de lien entre cet endettement et le développement du pays. L’endettement massif auquel on a eu droit n’a pas permis d’améliorer le niveau de vie des populations. »

« Discours volontariste »

MICA : Aujourd’hui, les grandes annonces faites par le Chef de l’Etat dans son discours à la nation, connaîtront très certainement des difficultés dans leur réalisation ? 

Serges Pambou :« Que le discours à la Nation du président de la République soit volontariste, est normal. Dans une situation comme la nôtre, qui se caractérise par de nombreuses tensions économiques, sociales et politiques, il faut déjà montrer que l’on connaît le pays et que l’on a entendu la détresse des populations. Il reste que, outre la faillite des corps intermédiaires, les populations semblent désabusées. La faiblesse relative de l’emploi (200.000 à 300.000 personnes auraient un emploi) contribue à exercer une pression énorme sur ceux qui travaillent. Par ailleurs, l’atonie de l’activité économique fait que les ressources fiscales ont diminué significativement, et n’autorisent pas à mener à bien, d’importants projets structurants. »

MICA : Avec le FMI, les autorités ont signé un Programme de relance économique (PRE), celui-ci est-il susceptible de nous faire bénéficier des frémissements de la reprise économique ?

Serges Pambou :« Sans vouloir être pessimiste, on en est à espérer que notre pays ne connaisse pas la situation qu’a traversée la Grèce depuis le début des années 2000. On peut, légitimement se demander combien de pays ont réussi à s’en sortir en mettant en œuvre de drastiques politiques d’austérité, alors que la situation économique du moment commande des politiques de relance. » 

« Un nouveau management public »

MICA : Des mesures pour soutenir l’allègement des dépenses publiques ont pourtant été bien prises : la réduction du train de vie de l’Etat, l’assainissement du fichier de la Fonction publique, etc.

Serges Pambou :« L’Etat étant le principal acteur économique, la réduction significative de la dépense publique a eu des effets pervers sur l’activité et nombre de secteurs sont sinistrés aujourd’hui. D’autant que l’Etat, par ses arriérés de paiement, est partie prenante à cette situation. S’agissant de l’assainissement du fichier de la Fonction publique, il ne faut pas que ce soit une mesure médiatique ou…cosmétique. Sur le principe, l’adoption de la loi organique de la loi des finances et de l’exécution du budget (LOLFEB) vient consacrer le nouveau management public. Celui-ci est fondé par la recherche de l’économie, de l’efficience et de l’efficacité. »

MICA : Alors, que préconisez-vous pour le moyen terme ?

Serges Pambou :« Une meilleure gouvernance, de la concertation, des investissements autrement plus importants de la part de l’Etat, le respect des procédures de passation des marchés, de vraies réformes institutionnelles. Le Parlement est monocolore et ne saurait contrôler avec la même efficacité qu’un Parlement qui ne serait pas un Parlement de godillots. En gestion des finances publiques, on parle de fait majoritaire. »

Annick-Brigitte BOUMA

 

     (1)Serges Pambou est docteur en macroéconomie, secrétaire général du Centre de Recherches en Développement International et Management des Organisations, le CERDIMO, de la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l’Université Omar Bongo de Libreville. Il dispense les cours d’économie des ressources naturelles et d’économie des finances publiques.

 

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